Histoire Patrimoine Commune Mairie Thénioux Cher

Photo : T.MARTROU-Caféine

Histoire Patrimoine Commune Mairie Thénioux Cher
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Histoire & Patrimoine

L'histoire de Thénioux et de sa fameuse ligne de démarcation

La ligne de démarcation :

En l’honneur de tous les passeurs qui ont héroïquement fait traverser le Cher (qui formait à cet endroit la ligne de démarcation) à de très nombreuses personnes dont la plupart étaient des prisonniers évadés, des clandestins, maquisards, résistants et autres combattants de l’ombre, et à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de l’un de ces hommes éminemment valeureux, voici une période intense à l’issue de laquelle Raymond Toupet a trouvé la mort.

Exerçant l’activité de « passeur » à Bourges dès l’année 1940, il est arrêté en 1941, interné au « Bordiot » à Bourges et condamné à 8 jours de prison. Après son arrestation en 1941,  Raymond Toupet, qui exerce à Bourges la profession d’artisan serrurier, abandonne son activité professionnelle pour se consacrer au passage « clandestin » dans la région de Bourges. Se sachant recherché, il vient habiter Vierzon, dans le quartier du « Bourgneuf » en zone libre où il continue son activité en relation avec son frère Marcellin, employé SNCF à la Gare de Thénioux. Par avis de la Feldkommandantur de Bourges, paru dans la presse locale, les frères Toupet sont l’objet d’une convocation en juillet 1941.

Texte paru dans la presse :

« L’affaire criminelle concernant Raymond Toupet et Marcellin Toupet, tous deux domiciliés à Thénioux, viendra en séance suprême devant le tribunal de la Feldkommandantur, à Bourges, Palais de Justice, le 3 Juillet 1941, à 9h30. A cette date fixée, les personnes ci-dessus désignées sont convoquées comme inculpées. Au cas où elles ne se présenteraient pas à cette convocation, le jugement sera prononcé en leur absence. Bourges, le 1er Juillet 1941. Der Feldkommandantur. »

Le tribunal les a attendus longtemps !

Après cet épisode, Raymond Toupet continue d’exercer son activité de « passeur » sous le contrôle du Chef de Bataillon Marcel Derôme, responsable du Centre d’évasion de l’État-major de Châteauroux. Avec son frère Marcellin, il développe un véritable réseau d’évasion en faisant franchir le Cher, de nuit et en barque, aux nombreux « clandestins » qui leurs sont adressés par quelques « rabatteurs » Vierzonnais. Le  23 novembre 1941, à l’occasion d’un passage, il est blessé par balle à la jambe et doit rester plusieurs semaines à l’hôpital de Châteauroux. Dès son rétablissement, il reprend ses activités.

Le 6 février 1942, le Cher est en crue. A l’occasion d’un ultime passage, il a pris en charge en zone libre cinq clandestins qu’il s’apprête à déposer sur la rive du Cher en zone occupée, à environ deux kilomètres en aval du Pont du Cher, près du Moulin de l’Abricot. A quelques mètres du bord, alors qu’il est prêt à accoster, plusieurs lampes électriques s’allument et une fusillade éclate. Toupet est touché. Il s’affale dans la barque. L’un des clandestins s’accroche à un arbre émergeant de l’eau et sera pris par les allemands. La barque file au gré du courant, très fort en cet endroit. Toupet reste allongé dans sa barque ne donnant plus signe de vie. Les quatre clandestins qui ont eu le réflexe de se recroqueviller dans le fond de la barque auront la vie sauve. Alors que la barque dérive, l’homme tente de « ramer » avec ses mains, couché sur l’avant de la barque. Après avoir dérivé sur un kilomètre, la barque s’échoue vers le hameau de la Loeuf en zone libre. Les quatre clandestins « miraculés » se dirigent dans la nuit vers une maison isolée en abandonnant celui qui, voulant leur rendre service, les a sauvés au péril de sa vie.

Le lendemain matin, Toupet est retrouvé mort dans sa barque, touché aux hanches par trois balles qui ont provoqué une hémorragie interne. Cette nuit là, dix clandestins, étaient candidats au passage. Un seul a été repris par les allemands, celui qui s’était accroché à l’arbre. Les cinq autres, qui devaient faire partie de la seconde traversée étaient restés en ZNO, attendant leur tour ! Particulièrement recherché par les allemands qui avaient mis sa tête à prix, il a été lâchement attiré dans un guet-apens. Celui ou ceux qui l’ont dénoncé ont dû recevoir une forte récompense. De notoriété publique, Raymond Toupet était le passeur le mieux considéré de la région. Les obsèques de Raymond Toupet ont été célébrées le 10 février 1942 à Vierzon-Bourgneuf, en présence des autorités militaires. Le Capitaine commandant la troisième Compagnie du premier RI à Lury sur Arnon, représentait le Commandant du premier RI. Cette reconnaissance officielle du sacrifice et du patriotisme de Raymond Toupet s’explique par les services rendus au deuxième bureau de la neuvième Division Militaire basée à Châteauroux.

Après la libération, l’heure des règlements de comptes a sonné. De nombreux passeurs et rabatteurs ayant travaillé avec Toupet accusent l’un d’entre eux, le nommé D….., d’être le dénonciateur de leur chef auprès des allemands. La Cour de Justice juge l’affaire le 18 septembre 1945. Cet individu nie tout et son avocat, exploitant habilement les faiblesses de l’accusation, parviendra à le faire acquitter. L’objectif de la Justice est alors de clore le chapitre nauséabond des dénonciations à l’occupant. Nous ne saurons jamais officiellement qui a dénoncé Toupet.

Pour sa mémoire, c’est dommage !